Avec un taux d’imposition effectif des sociétés avoisinant les 30 %, le Luxembourg se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE.
Les revenus tirés d’une activité de commerce électronique sont imposables au Luxembourg si :
En droit luxembourgeois, une société est réputée résidente au Luxembourg lorsqu’elle a dans ce pays son administration centrale ou même simplement son siège statutaire.
Définitions : on entend par administration centrale d’une société le lieu où elle a établi sa comptabilité centrale, ses archives, où se réunissent ses assemblées générales, où se concentre en somme l’activité directrice des affaires sociales. En droit luxembourgeois, l'administration centrale d’une société est nécessairement unique.
Le siège statutaire est le siège de la société tel qu’il est fixé dans ses statuts.
Ainsi, une société dont le siège statutaire se trouve à Luxembourg alors que les décisions qui engagent la société sont effectivement prises à Hongkong est, selon le droit luxembourgeois, résidente au Grand-Duché.
D’un point vue international néanmoins, le critère formel du siège statutaire est largement ineffectif, dans la mesure où la convention modèle de l’OCDE prévoit qu’une société est considérée comme résidente de l’Etat où se trouve son siège de direction effectif. Le Luxembourg a par ailleurs repris cette disposition dans la quasi-totalité de ses conventions fiscales internationales. Afin de bénéficier pleinement de la résidence fiscale luxembourgeoise, il est donc recommandé de veiller à ce que la société soit effectivement dirigée depuis le Luxembourg, ce qui implique notamment que ses dirigeants y soient physiquement présents.
Si une société est reconnue comme fiscalement résidente au Luxembourg, l’impôt luxembourgeois sera applicable sur son revenu mondial, quelle que soit l’origine de ces revenus. On parle alors d’obligation fiscale illimitée.
Une société qui n’a pas son siège au Luxembourg est toutefois soumise à l’impôt luxembourgeois si elle possède dans ce pays un établissement stable.
Traditionnellement, un établissement stable se conçoit comme une installation fixe d’affaires, dotée d’une certaine permanence, par l’intermédiaire de laquelle une entreprise réalise tout ou partie de son activité.
Ainsi, l’entreprise concernée doit-elle disposer effectivement de locaux à un endroit déterminé, sans nécessairement en être propriétaire, et exercer dans ces mêmes locaux tout ou partie de ses activités économiques essentielles, non auxiliaires, durant une période qui ne peut être inférieure à 6 mois.
Un établissement stable peut notamment être constitué par une succursale, une usine, un bureau ou un atelier. Il y a également lieu de conclure à l’existence d’un établissement stable en présence d’un responsable qui a le pouvoir d’engager des opérations pour le compte de l’entreprise.
La notion d’établissement stable a par ailleurs été précisée par l’OCDE en matière de commerce électronique. Il convient surtout de retenir que :
L’entreprise qui entretient un établissement stable au Luxembourg sera redevable de l’impôt luxembourgeois sur les seuls revenus générés par cet établissement stable. On parle alors d’obligation fiscale limitée, par opposition à l’obligation fiscale illimitée qui pèse sur les entreprises fiscalement résidentes au Luxembourg.
Les revenus du commerce électronique peuvent être qualifiés de bénéfice ou de redevance. L’opérateur prendra soin d’opérer la distinction dans la mesure où bénéfices et redevances sont traités différemment d’un point de vue fiscal.
Exemple : si un livre est acheté et transféré via Internet, il s’agira d’une vente, dont le produit sera qualifié de bénéfice. Par contre, si l’internaute obtient en outre le droit de copier l’ouvrage ainsi transféré en un nombre convenu d’exemplaires numériques ou de le modifier à des fins commerciales, il serait possible de considérer le produit de l’opération comme une redevance payée pour l’acquisition du droit de reproduction ou d’adaptation du premier exemplaire acheté.
Les revenus provenant d’une vente ou d’une prestation de services sont qualifiés de bénéfice.
Il est généralement admis que les opérations suivantes donnent lieu à des bénéfices :
Conformément à la convention modèle de l’OCDE, les bénéfices sont taxables dans le pays de résidence du vendeur ou du prestataire de services, à moins que celui-ci n’entretienne un établissement stable dans l’Etat de résidence de l’acquéreur ou du preneur. Dans cette dernière hypothèse, les bénéfices sont imposables dans l’Etat de résidence de l’acquéreur ou du preneur s’ils sont générés par cet établissement stable. Aussi, une entreprise de commerce électronique installée à Luxembourg sera uniquement imposable au Luxembourg sur ses activités prémentionnées si elle n’a pas de serveur dans l’État de résidence de l’acquéreur ou du preneur. Un site Web y localisé, par contre, n’est pas problématique, les pouvoirs d’imposition du Luxembourg restant entiers.
Constituent des redevances les rémunérations payées pour l’usage ou la concession de l’usage d’un droit d’auteur sur une œuvre littéraire, artistique ou scientifique.
On considère généralement que le produit des opérations suivantes sont des redevances :
Conformément à la convention modèle de l’OCDE, les redevances perçues auprès des particuliers ne sont imposables qu’au Luxembourg si l’entreprise de commerce électronique y est installée. Ce n’est que dans l’hypothèse de l’existence d’un établissement stable dans l’Etat de résidence du preneur que ce dernier État pourra seul imposer les revenus de l’activité.
Dans le cadre de transactions effectuées avec des professionnels, autres que des particuliers, une retenue à la source peut néanmoins être applicable aux redevances versées par ces professionnels, même lorsque l’entreprise luxembourgeoise de commerce électronique n’entretient pas d’établissement stable dans l’Etat de la source (où réside le preneur). Dans ce cas, la retenue opérée à l’étranger pourra être imputée au Luxembourg sur l’impôt sur le revenu luxembourgeois. Le taux de la retenue à la source varie selon les pays en cause et se trouve généralement réduit par le jeu des conventions fiscales internationales.
Le tableau suivant fournit un aperçu, non-exhaustif, des retenues à la source pratiquées par certaines juridictions sur les redevances versées par leurs résidents (professionnels) à une entreprise établie au Luxembourg :
|
|
Taux légal (%) |
Taux conventionnel (%) |
|---|---|---|
|
Allemagne |
15,825 |
5 |
|
Autriche |
20 |
0 / 10 |
|
Belgique |
15 |
0 |
|
Espagne |
24 |
10 |
|
France |
33,33 / 50 |
0 |
|
Grèce |
25 |
5 / 7 |
|
Hongrie |
0 / 30 |
0 |
|
Irlande |
20 |
0 |
|
Italie |
22,50 |
10 |
|
Pays-Bas |
0 |
0 |
|
Pologne |
20 |
10 |
|
Portugal |
15 |
10 |
|
République Tchèque |
15 |
0 / 10 |
|
Royaume-Uni |
20 |
5 |
|
USA |
30 |
0 |
* Entre entreprises non liées par le capital uniquement.
De même qu’en matière de TVA, l’opérateur soucieux de bénéficier au Luxembourg d’une imposition avantageuse de ses revenus veillera donc à conférer une substance suffisante à sa présence dans ce pays, tant en termes de logistique que de main d’œuvre.